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L'Assurance-Emploi : Une aide pour celles et ceux qui n'ont pas provoqué la crise

LE PREMIER MINISTRE DEVRAIT FAIRE CE QU'IL FAUT ET AUGMENTER LES PRESTATIONS

Par Wayne Fraser

Comme le savent tous les Canadiennes et Canadiens qui sont familiers avec les drames à la une des journaux, un nouveau gouvernement fédéral de coalition pourrait prendre forme dans les jours, les semaines et les mois qui suivront. Si ce changement se produit, et j'espère qu'il se produira, notre nouveau gouvernement devra agir rapidement et prendre une direction qui aidera non seulement les gros bonnets de Wall Street, mais aussi le Canadien moyen qui vit sur la rue Principale.

Après tout, Stephen Harper a omis jusqu'à présent de prendre des mesures visant à stimuler l'économie, qui est sur le point de s'effondrer complètement. Personne n'est intéressé à changer de gouvernement juste pour vivre un drame politique – ou pour faire progresser la carrière de certains responsables politiques aux dépends d'autres personnes. Ce dont la population canadienne a besoin est un changement de direction radical et, de toute urgence, des mesures immédiates pour aider celles et ceux qui sont le plus sérieusement touchés par le chômage et la pauvreté.

Personne ne sait exactement jusqu'à quel point notre situation économique va s'aggraver, mais il est fort probable que des centaines de milliers de Canadiens de plus se retrouvent sans emploi au cours des deux prochaines années. Pour Ottawa, un taux plus élevé de chômage est un prix acceptable à payer pour demeurer fidèle aux principes du « libre »-échange et préserver la mondialisation en temps de récession.

Cependant, pendant que le gouvernement au pouvoir, quel qu'il soit, distribue des milliards de dollars, nous devons nous assurer qu'il n'oublie pas les travailleuses et travailleurs mis à pied et leurs familles.

Le gouvernement fédéral doit faire ce qu'il faut pour les plus vulnérables. Plus particulièrement, le Syndicat des Métallos veut que le système d'assurance-emploi du pays soit amélioré de toutes parts de sorte qu'il fasse ce qu'il est censé faire : aider les travailleuses et travailleurs à maintenir un niveau de vie convenable et leur dignité durant des temps difficiles.

Les Canadiens savent que plus de 50 milliards de dollars de cotisations à l'AE ont été détournés et sont utilisés à d'autres fins pour aider Ottawa à s'enorgueillir de sa présumée responsabilité fiscale. C'est vraiment trop demander qu'une partie de cet argent soit retournée aux Canadiens? Ce sont les cotisations des travailleurs qui ont rendu l'AE possible. Ils y ont cotisé et maintenant ils en ont besoin. Voici notre plan en cinq points :

1. Laissons tomber les deux semaines que doivent attendre les travailleurs avant de recevoir leur chèque ou dépôt bancaire. Qu'est-ce qui justifie une telle mesure en réalité? Les propriétaires, lorsqu'ils apprennent que leurs locataires ont été mis à pied, vont-ils les voir allègrement pour leur dire : « Ne vous en faites pas au sujet du loyer de novembre. Je sais que vous attendez vos prestations »? Ceux qui collectent les paiements des factures de gaz ne sont certainement pas aussi charitables.

2. Augmentons les prestations à un niveau qui permet de vivre et augmentons également le niveau de revenu maximal autorisé avant que toute disposition de récupération ne prenne effet. En 2007, la prestation hebdomadaire moyenne d'un prestataire s'élevait à 317,65 $. Qui les responsables politiques croient ils duper en approuvant ce niveau de désespoir économique pour les autres, lorsqu'ils n'accepteraient jamais une telle situation pour eux-mêmes? Compte tenu du fait que la période maximale de prestations s'étend sur 45 semaines, le maximum qu'un bénéficiaire moyen pourrait recevoir est 14 294,25 $. Le seuil de la pauvreté étant fixé à près de 24 000 $ par année, c'est tout simplement honteux.

3. Nous demandons que la période de prestations soit prolongée à deux ans. Les emplois convenables, ceux qui permettent de nourrir une famille, ne poussent pas dans les arbres. Ils se feront encore plus rares dans les mois (sinon les années) à venir. Les Canadiens qui se retrouvent sans emploi pour des raisons hors de leur contrôle (et souvent par suite de politiques gouvernementales adoptées délibérément) devraient recevoir un salaire raisonnable pendant tout le temps dont ils ont besoin pour se trouver un emploi convenable.

4. Excluons l'indemnité de fin d'emploi du calcul de l'admissibilité d'une travailleuse ou d'un travailleur. Dans une ère où énormément d'aide est assurée aux puissants de ce monde, moyennant des conditions limitées, nous devrions arrêter de calculer et de marchander chaque cent versé aux sans-emploi. Permettons aux travailleurs d'avoir accès à leurs prestations d'AE immédiatement et d'utiliser leur indemnité de fin d'emploi pour répondre à d'autres besoins urgents. Nous ne demandons pas aux travailleurs mis à pied de vendre leur maison ou d'épuiser toutes leurs économies avant qu'ils puissent recevoir de l'AE, alors pourquoi leur demander d'utiliser leur indemnité de fin d'emploi?

5. Finalement, le gouvernement doit assouplir les critères d'admissibilité à l'AE de façon à la rendre accessible à un plus grand nombre de personnes. On ne peut dire d'un système qu'il sert les intérêts des sans-emploi lorsqu'il refuse des prestations à une majorité de personnes prises, par exemple, dans des emplois à temps partiel, saisonniers ou temporaires intermittents. Avant 1996, les travailleurs n'avaient besoin que de 150 heures assurables pour avoir droit de recevoir des prestations. Dans les villes canadiennes d'aujourd'hui, ils doivent habituellement avoir travaillé bien au-dessus de 600 heures au cours de l'année précédente pour bénéficier d'un programme qu'ils ont aidé à financer. Ce n'est réellement pas acceptable. 

Le gouvernement, qu'il soit une coalition ou non, doit faire preuve de véritable leadership en s'assurant que toute mesure visant à stimuler l'économie protège les intérêts de tous les intervenants dans notre société, y compris les travailleuses et travailleurs et leurs familles. La coalition a déjà indiqué que des améliorations à l'AE figureraient à son programme. Il s'agit là de bonnes nouvelles. Toutefois, peu importe qui gouverne, le temps est venu pour le gouvernement fédéral de faire preuve de compassion et de faire ce qu'il faut.

Wayne Fraser est le directeur du Syndicat des Métallos pour l'Ontario et les provinces atlantiques.