LES MÉTALLOS DANS LA PRESSE
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Business Week:Le plus haut dirigeant du Syndicat des Métallos devient un intervenant de poids en matière de commerce

La plainte commerciale des États-Unis contre les exportations de pneus de la Chine, et une nouvelle cause ayant trait au papier, constituent des exemples de la façon dont le leader syndical Leo Gerard exerce une influence à Washington 

Par Steve LeVine 

Au cours des huit dernières années, Leo W. Gerard a acquis la réputation de leader syndical ayant un côté pragmatique. Le Canadien de 62 ans qui dirige le Syndicat des Métallos, fort de 850 000 membres, a joué un rôle crucial dans la consolidation de l’industrie américaine de l’acier, réalisant des fusions tout en luttant pour sauver autant d’emplois syndiqués que possible. À l’heure actuelle, à titre de dirigeant du plus important syndicat industriel du pays, Leo Gerard devient un intervenant de poids en matière de politique commerciale aux États-Unis.

C’est une plainte du Syndicat des Métallos qui a poussé le président Barack Obama à prendre la décision le 11 septembre dernier d’imposer des droits de douane punitifs de 35 % sur les importations de pneus de la Chine, droits qui s’élèvent à quelque deux milliards de dollars par année. Le syndicat contemple maintenant l’idée d’intenter des poursuites contre des partenaires commerciaux des États-Unis en raison de nombreuses violations possibles. « Nous [n’]attendons pas en ligne avec une longue liste de plaintes, mais si nous trouvons d’autres endroits où, selon nous, les règles ont été violées, nous jugeons qu’il est de notre devoir d’amener le gouvernement à appliquer les règles », de dire Leo Gerard.

Le 23 septembre, le Syndicat des Métallos a déposé l’une de ces nouvelles plaintes auprès du Département du commerce – cette fois ci à la fois contre la Chine et l’Indonésie. La plainte contre le dumping, que le Syndicat des Métallos et trois entreprises américaines de papier ont déposée conjointement, prétend que les deux pays asiatiques ont subventionné leurs industries de papier couché et vendu le papier aux États-Unis en dessous du coût de fabrication. La plainte allègue qu’au cours de la première moitié de l’année, les Chinois et les Indonésiens ont doublé leur part du marché américain de papier couché, laquelle, comparativement à la même période l’année dernière, est passée de 15 % respectivement à environ 30 %. Les ventes de papier couché aux États-Unis ont atteint près de 1,8 milliard de dollars en 2008.

Certains économistes et analystes de l’industrie ont craint que de telles mesures syndicales ne suscitent un protectionnisme commercial de représailles, mais Leo Gerard juge qu’il ne fait que se prévaloir de la loi. Les Chinois « croient que parce que nous leur devons beaucoup d’argent, ils peuvent nous bousculer », a t il dit à des journalistes au cours d’une conversation téléphonique le 24 septembre. « Je ne crois pas qu’il s’agisse de protectionnisme. Le mot est mal choisi. Nous ne faisons qu’appliquer la loi telle qu’elle existe. »

Ayant toujours constitué un élément politique important pour Barack Obama, le mouvement ouvrier est devenu d’autant plus vital pour le président maintenant qu’il fait face à une forte opposition de la part des républicains à l’égard d’initiatives clés, notamment la réforme de l’assurance-santé. Leo Gerard – de même que le président de la FAT-COI, Rich Trumka, et le président du Syndicat international des employés de services, Andy Stern – jouent un rôle important dans le cadre des initiatives du président Barack Obama pour revitaliser sa base. « Il faut veiller à ce que le mouvement ouvrier soit satisfait afin qu’il continue à déployer de grands efforts en vue de donner les votes démocratiques nécessaires à la Chambre et au Sénat pour garantir une victoire sur le plan de l’assurance-santé cet automne », a déclaré Larry Sabato, directeur du Center for Politics à l’université de Virginie.

Leo Gerard : un flatteur pragmatique

Bien que le domaine politique soit relativement nouveau pour lui, Leo Gerard s’y est déjà distingué comme étant l’un des chefs syndicaux les plus dynamiques et les plus créatifs du pays. Depuis qu’il a pris la tête du Syndicat des Métallos en 2001, il a augmenté l’effectif du syndicat de 60 % grâce à une série de fusions avec d’autres syndicats. Les cadres de l’industrie disent que Leo Gerard a joué un rôle crucial dans l’acquisition en 2003 de quatre aciéries entre les mains de deux énormes entreprises, International Steel Group et U.S. Steel (X).

Leo Gerard connaît bien les défis de la concurrence auxquels l’industrie nord-américaine est confrontée. Fils d’un mineur syndiqué, Leo Gerard a accepté un emploi dans une fonderie de nickel en Ontario à l’âge de 18 ans. Dans le cadre de ses fonctions de dirigeant du Syndicat des Métallos, il a témoigné d’une volonté à faire des compromis, négociant l’amélioration des usines et la réduction des emplois en vue de sauver tous ceux qu’il pouvait en aidant les entreprises à devenir plus efficaces, ont indiqué les analystes. « Leo est l’une de ces personnes avec qui on aime prendre une bière. Il vous donnera une tape dans le dos. C’est une personne avec qui il est facile de parler », a mentionné Bill Reinsch, président du National Foreign Trade Council, qui a connu Leo Gerard alors qu’il travaillait comme reporter attitré aux questions relatives à la sidérurgie au Sénat américain pour le Sénateur Jay Rockefeller et d’autres.

Toutefois, le Canadien costaud a un côté plus coriace. Il en a fait preuve il y a deux ans lorsqu’il a aidé à organiser l’expulsion du conseil d’administration tout entier de Wheeling-Pittsburgh, quand ce dernier a appuyé ce que le Syndicat des Métallos considérait comme la mauvaise partie dans une lutte pour l’acquisition de l’entreprise. Le Syndicat des Métallos l’a emporté et l’entreprise a été achetée par Esmark, qui avait promis de ne pas congédier de travailleurs membres du Syndicat des Métallos.

La Chine riposte
Le commerce est un autre domaine où Leo Gerard est déterminé à réussir. Peu de temps après avoir pris les rênes du Syndicat des Métallos en 2001, Leo Gerard est arrivé à convaincre le président George W. Bush d’imposer des droits anti dumping aux importations d’acier de l’étranger. Plus récemment, le Syndicat des Métallos a ciblé les importations de tuyaux d’acier, de papier et de pneus hors-route en provenance de la Chine, indiquant qu’il existe des preuves de subventions illégales et de dumping. Maintenant, Leo Gerard mobilise ses membres pour appuyer la réforme de l’assurance-santé, les lois sur la vérification des cartes visant à assouplir les règles pour la syndicalisation, et les lois sur le changement climatique que le mouvement ouvrier considère crucial à la création d’un plus grand nombre d’emplois aux États-Unis et à la protection des emplois existants.

Tant l’Administration que Leo Gerard nient fortement que la décision de Barack Obama d’imposer des droits de douane sur les pneus provenant de la Chine visait à renforcer sa base politique. Peu importe, cette décision – comme l’avaient prédit les analystes – a exaspéré la Chine. Pékin a immédiatement menacé d’user de représailles en imposant des restrictions aux exportations de poulets et de pièces automobiles des États-Unis. La Chine est le plus important marché de l’industrie avicole américaine, et des entreprises comme Tyson Foods (TSN) et Sanderson Farms (SAFM), qui expédient en Chine environ 340 millions de dollars en pieds et en extrémités d’ailes de poulet par année, craignent que le conflit commercial ne s’intensifie. L’Administration « sait à quel point nous sommes mécontents », a précisé Jim Sumner, président du conseil américain de l’exportation de la volaille et des œufs, un groupe de lobbyistes qui compte les deux entreprises parmi ses membres.

Malgré sa réputation sur le plan des questions commerciales, Leo Gerard n’accepte pas l’étiquette de protectionniste. « Il s’agit d’un moment crucial dans l’évolution économique du pays », a t il déclaré. Par ailleurs, le président du Syndicat des Métallos et d’autres dirigeants syndicaux ne sont pas prêts de laisser passer l’occasion de mettre leur empreinte sur les politiques qui pourraient radicalement modifier la situation des entreprises américaines et de leurs travailleurs – même si ce n’est pas nécessairement au profit des deux groupes.

Steve LeVine est un correspondant au bureau de Washington de BusinessWeek's.

 

 

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