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SUDBURY STAR, 3 FÉVR. 2010 – « Les Métallos et les travailleuses et travailleurs canadiens en général ne se soumettront jamais à une culture de relations de travail qu’une entreprise étrangère a importée d’un autre pays », a déclaré Leo W. Gerard, président international du Syndicat des Métallos.
En tant que membre de la section locale 6500 du Syndicat des Métallos, qu’ancien employé d’Inco et que natif de Sudbury, je suis très fier de la solidarité et de la force dont nos membres et leurs familles font preuve. J’admire également la façon dont la collectivité s’est rassemblée pour appuyer les grévistes dans ce conflit amer et je l’en remercie. Son soutien positif a été encourageant et gratifiant.
Les syndicats ont mené des luttes difficiles avant aujourd’hui. Cependant, au cours de mes 40 années de travail syndical, selon mon expérience auprès d’environ 8 000 unités de négociation des Métallos en Amérique du Nord et auprès de milliers d’entreprises, petites et grandes, avec qui nous travaillons et négocions chaque jour, je n’ai jamais vu une entreprise agir comme Vale Inco à Sudbury.
La pratique de Vale de faire paraître des annonces pleine page remplies d’accusations de violence, de vandalisme, d’agression préméditée et de menaces de mort injustifiées et de portée générale, lesquelles, dans l’ensemble, ne sont rien de plus que des allégations non prouvées qui accablent tous nos membres (les employés de longue date de Vale), fait partie d’une campagne que mène l’entreprise dans le but de diviser la collectivité et d’intimider les grévistes.
Notre syndicat a toujours insisté pour que ses membres respectent les lois du pays et n’a jamais excusé les actes de violence. Nous devons demeurer calmes face à l’hostilité, aux provocations et aux attaques incessantes de Vale qui visent à susciter une réaction qui renforcera davantage le message public antisyndical de l’entreprise.
En plus de ses prises de position antisyndicales régulières, Vale essaie de poursuivre en justice les grévistes individuels pour des montants allant jusqu’à 230 000 $ pour cause de « perte de production »; elle embauche des agences de sécurité privées pour intimider les grévistes et les pousser à réagir; elle envoie ses enquêteurs privés et ses agents provocateurs observer et filmer les rassemblements au bureau du syndicat et fait suivre et espionner les employés en grève.
Peu importe de quel conflit de travail il s’agissait, nous n’avons jamais vu le porte-parole d’une entreprise critiquer et rabaisser ses employés en grève et leur syndicat, et lancer tant de calomnies non justifiées en public et de manière régulière contre eux. Une personne raisonnable pourrait se demander pourquoi Vale s’en prend continuellement au syndicat et à ses membres, plutôt que de chercher à conclure une convention équitable et à retourner à la table pour négocier sans conditions préalables, et ainsi permettre à tout le monde de reprendre le travail.
Si les stratégistes de Vale croient réellement que leur plan réussira à diviser la collectivité et à affaiblir son soutien à l’égard des grévistes – ou la solidarité de ces derniers – ils se trompent; à vrai dire, c’est le contraire qui se produit. La collectivité réalise maintenant à quel genre d’entreprise notre gouvernement fédéral a permis d’acquérir nos richesses minérales et nos ressources. La stratégie de Vale se retourne contre elle et donne à la collectivité et aux grévistes, maintenant plus que jamais, des raisons de se serrer les coudes.
Nous savons que Vale est un géant mondial, mais les travailleuses et travailleurs canadiens ont travaillé trop fort et pendant trop longtemps pour sacrifier leurs normes d’emploi dans le seul but de permettre à Vale d’atteindre son objectif d’établir des normes d’emploi identiques dans l’ensemble de son modèle d’entreprise à l’échelle mondiale. Les Canadiennes et Canadiens méritent des normes du travail canadiennes.
Vale semble déterminée à adhérer à l’édit du président Tito Martins et à imposer aux travailleuses et travailleurs de Sudbury les règles qu’elle impose dans le reste de ses exploitations mondiales. Pour le siège social de Vale au Brésil, cela signifie que le syndicat doit au préalable accepter les « modifications » que Vale apporte aux pensions, à l’ancienneté et à la prime sur le nickel s’il veut qu’elle négocie les autres dispositions de la convention, position qui est tout à fait négative et qui engendre des conflits.
Il n’est pas étonnant qu’un grand nombre de représentants de la direction, de géologues, d’ingénieurs, de métallurgistes, de contremaîtres compétents et même d’experts en relations de travail aient choisi de quitter l’entreprise, tout comme d’autres remettent en question leur avenir auprès de Vale.
Ce que Vale ne déclare pas publiquement est qu’au début des négociations, le syndicat a reconnu à tous les niveaux la situation de l’entreprise et il a présenté des offres très modestes – il a même proposé de prolonger la convention actuelle – une position qui est très responsable de nos jours, et que la plupart des entreprises s’empresseraient d’accepter. Il aurait été très facile pour Vale, qui a réalisé quatre milliards de profits au cours des 30 mois précédents, de conclure un accord en quelques jours et de permettre à l’entreprise et à l’économie de Sudbury de continuer à prospérer.
Nos membres ont réinjecté presque 90 % des salaires et des avantages qu’ils ont gagnés en travaillant dans les mines, les usines et les fonderies de Vale du Grand Sudbury. Les 190 millions en primes de nickel que Vale a versés au fil des ans aux travailleuses et travailleurs, lesquelles équivalent à un peu plus de 1 % des profits de l’entreprise, ont abouti dans les poches des sociétés, des entreprises de services et des œuvres de bienfaisance de Sudbury et des environs. De nombreux organismes de bienfaisance et tous les types d’entreprises, qu’il s’agisse d’entreprises de rénovation et de construction domiciliaires, de concessions d’autos et de camions, de magasins de bateaux et de VTT, de magasins à rayons et d’épiceries, de boutiques de vêtements d’hommes, de femmes et d’enfants, de restaurants et de cinémas, de dépanneurs et de boulangeries, de salles de bingo ou de ventes de trottoir, tous ont bénéficié de la richesse et de la prospérité qui découlent de la négociation collective.
Le secteur qui dessert l’industrie minière du nord-ouest de l’Ontario compte environ 7 000 entreprises de services individuelles, dont un grand nombre se voient lentement mises à l’écart. On nous a fait savoir que le service des achats de Vale avait été déménagé à l’extérieur de Sudbury. Beaucoup de gens disent que les achats se feront sous peu à l’échelle mondiale. Par conséquent, bon nombre de fournisseurs locaux deviendront superflus. Et ce n’est pas tout.
Nous avions l’habitude de nous plaindre que la richesse créée par les travailleurs de l’ancienne Inco dans le bassin de Sudbury était répartie dans l’ensemble du Canada et qu’il n’en restait pas suffisamment dans notre région pour réparer nos routes et maintenir nos services publics. À l’heure actuelle, la richesse ne reste même pas au Canada. Ce sont Tokyo, New York, Rio de Janeiro et d’autres régions étrangères qui en profitent. Vale Inco n’est même pas cotée à la bourse canadienne.
Si Vale obtient les concessions qu’elle demande actuellement, la prime sur le nickel qui a généré les 190 millions s’effritera et disparaîtra au fil du temps; les salaires de nos membres diminueront et, éventuellement, l’économie du Grand Sudbury pourrait perdre son pouvoir d’achat. Face à un multiplicateur d’emploi de 4:1, les conséquences seraient sérieuses. La seule richesse dont jouirait notre région découlerait de nos salaires, des primes pour travaux souterrains et des impôts locaux que nous versons.
Nos gouvernements provincial et fédéral ne comprennent toujours pas bien la sévérité des conséquences futures de la culture de travail de Vale, la façon dont elle traite ses employés syndiqués et non syndiqués et son manque total de respect pour la collectivité.
Si nos chefs politiques continuent d’ignorer le problème et permettent à Vale de s’imposer et de dicter à nos deux paliers de gouvernement comment ils doivent agir face à cette question d’une grande importance culturelle, économique et nationale, nous tous, au Canada, seront perdants.
L’Ontario a besoin de lois anti-briseurs de grève, comme celles qui existent au Québec et qui ont permis de réduire le nombre de conflits de travail et le mécontentement dans tous les secteurs.
Le gouvernement fédéral doit protéger nos ressources et nos travailleurs en établissant une stratégie minière nationale. La vente de nos ressources à des intérêts étrangers doit être soumise à l’examen du public et ne doit être permise que s’il est clair que tous les Canadiennes et Canadiens en bénéficieront. D’après les déclarations publiques de notre gouvernement au moment de l’acquisition d’Inco, Vale a certainement brisé un grand nombre des douzaines de promesses qu’elle a faites au Canada, mais le gouvernement fédéral continue de cacher son erreur en refusant de discuter de l’accord ou de le rendre public sans la permission de Vale.
Le rédacteur en chef du Sudbury Star a proposé que Vale divulgue son plan d’affaires au syndicat et au public en tant qu’initiative pour amener les deux parties à la table de négociation. L’idée en vaut peut-être la peine, et le Star a récemment affiché un document de Vale en ligne. S’agit il vraiment d’un incroyable plan d’affaires de 95 pages que nous a fait parvenir un directeur mécontent, ou tout simplement des désirs platoniques d’un professeur en enseignement commercial et de certains directeurs?
L’ancienne Inco se réunissait régulièrement avec les représentants de tous les échelons du syndicat et partageait honnêtement ses plans d’affaires pluriannuels, comme elle le faisait avec les dirigeants de nos localités. Ainsi, nous avions tous une idée de ce qui se passait. Bien entendu, l’ancienne Inco était dirigée par des personnes du secteur minier et non par des banquiers.
Même si nos vues étaient différentes de celles de l’ancienne Inco, sa haute direction témoignait un certain respect à l’égard de la collectivité, du syndicat et de ses employés, comme nous le faisions à l’égard de la direction. Il nous est arrivé de traverser des périodes difficiles, mais nous réussissions à régler les différends et à conclure des accords en travaillant ensemble.
Au nom du syndicat et de la collectivité qui nous appuie, je dis à nos deux paliers de gouvernement et à Vale Inco que le syndicat a de nombreuses idées créatives qui permettront aux deux parties en cause de résoudre avec succès les différends, et ce, de manière équitable.
Nous mettrons tout en œuvre pour obtenir une convention équitable pour nos membres, mais nous ne pouvons y arriver que si les deux parties retournent à la table avec l’intention de résoudre les différends par le biais de la négociation, et non par l’affrontement, l’intimidation, des ultimatums, ou l’imposition de concessions d’origine étrangère avant que la négociation collective n’ait lieu.
Le syndicat et les travailleurs canadiens en général ne se soumettront jamais à une culture de relations de travail importée d’un autre pays par une entreprise étrangère. Par conséquent, si les entreprises étrangères ne peuvent pas s’adapter à la culture de travail du Canada, celles ci devraient être vendues à des personnes qui peuvent s’adapter.
Le syndicat ne capitulera jamais non plus face à une campagne d’annonces anonymes venimeuses, de provocation, d’harangues publiques incessantes et d’insultes publiques des années 40. Toutefois, le syndicat réagira de manière appropriée et avec respect à un effort sincère visant la résolution des différends et la négociation d’une convention équitable.
Comme l’ont montré d’autres sociétés minières, ce ne sont pas toutes les sociétés minières étrangères qui font preuve d’autant de régression pour conclure une convention sans grève. C’est le bon moment pour Vale de commencer à réparer les dommages inouïs qu’elle a causés aux relations avec ses employés et la collectivité, et pour se joindre à nous en vue de négocier à la « Canadienne » une convention collective équitable. Éventuellement, tous nos membres retourneront au travail, ce qu’ils devraient faire avec fierté et dignité, et ils recommenceront à contribuer au milieu que nous aimons.
Leo Gerard a fait ses débuts chez Inco en 1965, où il a commencé une carrière syndicale qu’il poursuit depuis 40 ans. Il a été élu à tous les principaux postes du Syndicat des Métallos et il assume les fonctions de président international depuis 2001.
Note de la rédaction : Le Sudbury Star a donné l’occasion à Vale Inco de lui soumettre un article aux fins de publication. L’entreprise a décliné son offre.
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