Bref historique des «Femmes d'acier»

Richer, EmeryDans les années 70, les superviseurs chez Inco à Sudbury ont juré que : «jamais les femmes ne travailleraient à la fonderie!». Olive Richer et Marie Emery, des aides-fondeuses qualifiées, ont déposé un grief pour obtenir ces emplois et les ont obtenus. 

Les femmes font partie du Syndicat des Métallos depuis ses débuts en 1936. Cependant, à l’époque, le monde du travail n'était pas un endroit accueillant pour elles. De nombreux emplois, habituellement les mieux rémunérés, leur étaient interdits. De plus, quand elles ont eu accès aux emplois «non traditionnels», elles ont été victimes de harcèlement sexuel et d'intimidation.

Les femmes devaient aussi surmonter des obstacles au sein du syndicat. Même dans les usines où la main-d'œuvre était surtout composée de femmes, tous les dirigeants des sections locales étaient des hommes. Les systèmes de négociation et d'évaluation des emplois laissaient les femmes au bas de l'échelle salariale, sans compter que leurs collègues masculins n'étaient pas tous «ouverts d'esprit». Certains refusaient d’encadrer les femmes apprenties, ou harcelaient leurs collègues féminins.

Néanmoins, les femmes ont persévéré. De leur propre chef, ou avec l’appui d’autres consœurs, de permanents et de dirigeants progressistes de sections locales, les femmes ont continué de réclamer du travail décent et leur place dans le syndicat. Le premier comité de la condition féminine des Métallos a été créé en 1981, à la section locale 2900 de Toronto. Le comité s’était fixé comme objectifs d'encourager les femmes à jouer un rôle actif dans le syndicat en assistant aux réunions et en posant leur candidature à des postes électifs, de les mobiliser pour assurer leur participation aux cours et conférences, et de leur offrir un environnement sécuritaire pour déposer des plaintes liées au harcèlement.

Origines des Femmes d’acier

Les années 1980 se sont accompagnées de changements dans le monde. Les femmes ont riposté. Les féministes ont fait campagne pour les droits juridiques de leurs consœurs, l'accès à l'avortement, la protection contre la violence et le harcèlement, et des droits au travail, dont le droit à un congé de maternité et à un salaire égal. La Charte canadienne des droits et des libertés, proclamée loi en 1982, est alors devenue un outil puissant pour faire changer les lois discriminatoires.

Dans le cadre d’une campagne intitulée «Les femmes d’acier sont de retour chez Stelco», les femmes de la section locale 1005 des Métallos chez Stelco, à Hamilton, ont lutté pour que les emplois dans la production soient mieux rémunérés et ont obtenu gain de cause. En 1981, l'effectif de Stelco comptait plus de 12 000 membres, mais seulement 28 femmes. En fait, l’entreprise n’avait pas embauché de femmes depuis 1961.

À cette époque, les Métallos suivaient un cours appelé Changing Faces of Unionism (le visage changeant du militantisme), conçu par la représentante nationale Deirdre Gallagher. Le cours visait à éliminer les obstacles pour les femmes et à les encourager, non seulement à participer aux activités du syndicat, mais à en devenir des dirigeantes.

En 1982, Deirdre Gallagher, le permanent Leo Gerard et d'autres ont collaboré à former le comité d'action des femmes du Conseil de la région de Toronto des Métallos qui a eu recours à des cours sur le harcèlement et l'équité salariale réservés aux femmes comme moyen pour développer leurs aptitudes au leadership et les intégrer dans le programme d’éducation du Syndicat des Métallos.

Deirdre Gallagher

Deirdre Gallagher (deuxième à droite) sur une ligne de piquetage chez Radio Shack.

Field Inco

Debbie Field (à gauche) a été une des cinq femmes à lutter contre la discrimination dans le cadre du travail du comité pour «le retour des femmes chez Stelco».

Dans ce contexte et en raison du nombre croissant de femmes qui faisaient leur entrée sur le marché du travail et se joignaient au syndicat, le directeur du district 6, Leo Gerard, a été témoin de de la vague féministe. Les femmes ont porté leur cause au premier plan en déclenchant des grèves aux sections locales de Radio Shack et de Fotomat, où elles composaient la majorité de la main-d'œuvre. En 1985, une plainte de harcèlement sexuel très médiatisée à l’aciérie de Hamilton a incité le district, puis le syndicat national, à développer une politique contre le harcèlement. Ensuite, en 1986, Leo Gerard a embauché Michael Lewis, le chargeant d’un nouveau dossier lié, entre autres, aux droits de la personne et aux programmes destinés aux femmes.

Michael Lewis a établi le Comité de la condition féminine du district 6 en 1987 et obtenu une subvention gouvernementale qui a permis au syndicat de faire appel à un spécialiste en conception de cours pour qu’il travaille avec le comité et élabore le premier cours de Perfectionnement en leadership des Femmes d'acier. Conçu et animé par des femmes uniquement pour des femmes, le cours «leur donnera une meilleure compréhension du syndicat et des obstacles auxquels elles sont confrontées».

Mis à l'essai à Toronto, Sudbury et Winnipeg en 1990 et 1991, le cours a depuis encouragé des centaines de Femmes d’acier à assumer des rôles directeurs dans le syndicat et ailleurs.

 

Diffusion des changements

Présenté aux États-Unis en 1992, le cours de Perfectionnement en leadership des Femmes d'acier a produit des résultats spectaculaires. Le syndicat a affecté des ressources à la création de son propre système d’évaluation des emplois non sexiste dans le but de mettre fin à la discrimination salariale.

En 2005, le Syndicat des Métallos a modifié ses statuts pour exiger que toutes ses sections locales établissent un comité de la condition féminine.

 Gow, McComb, Dennis

Peggy McComb, Marlene Gow et Sandy Dennis comptent parmi les premières Femmes d’acier militantes et animatrices.

 Carol Landry, Steve Dietz

Carol Landry, la première femme à devenir membre du Comité exécutif international de notre syndicat.

 

En outre, lors du Congrès international de 2008, le Bureau exécutif international du syndicat a fait place à son premier membre féminin, Carol Landry, ancienne présidente de section locale, permanente et adjointe au directeur du district 3.

Le programme des Femmes d'acier a changé le visage du leadership et du militantisme au sein de notre syndicat. Les femmes sont présidentes de sections locales et d'unités, déléguées syndicales et militantes de la santé et de la sécurité. Nous présidons des comités, participons aux négociations, réclamons justice pour les femmes et collaborons à faire élire des responsables politiques qui favorisent les travailleuses et travailleurs.

Continuons de contribuer à cette fière histoire! Nous savons que les femmes renforcent le Syndicat des Métallos, alors poursuivons nos efforts pour qu’elles aient la possibilité de croître au sein de notre syndicat.