De la sensibilisation à la négociation

La violence conjugale contre les femmes et les filles demeure un problème au Canada, où une femme sur trois ayant plus de 16 ans est victime d’agression sexuelle pendant sa vie.

Face à un taux d’incidence si élevé, les chances sont qu’une personne à votre travail en est victime, sans que vous le sachiez. Selon des recherches récentes, la violence conjugale suit souvent les victimes au travail, menaçant la sécurité et les emplois.

La négociation collective peut aider à procurer sécurité et soutien en milieu de travail. Elle rompre aussi le silence entourant un sujet tabou depuis longtemps.

Les Métallos ouvrent la voie

Une initiative anti-violence lancée en 2016 par le Comité national de la condition féminine des Métallos dénonce la violence conjugale et engendre des actions tangibles par l’éducation, l’engagement et la mobilisation de nos membres.

Le Comité a développé une trousse anti-violence que les militants utilisent dans leurs présentations aux sections locales et conseils régionaux, et chez certains employeurs se montrant coopérants.

Une présentation téléchargeable et des ressources, dont des clauses contractuelles modèles, font partie de l'initiative, que les militants, présidents et représentants syndicaux abordent aussi à la table de négociation, où elle connaît du succès.

De plus en plus, des Métallos partout au pays négocient des congés pour cause de violence conjugale dans leurs conventions.

Obtenir des congés pour cause de violence conjugale

La SL 2009 chez Kwantlen Public Interest Research Group à Surrey (C.-B.) a été la première à négocier de tels congés dans sa convention de 2016. Michelle Laurie était la permanente des Métallos à la table.

«Une de nos membres a entendu parler de ces congés lors d’une conférence et proposé qu’on en négocie», a-t-elle dit.

L’unité a obtenu 12 semaines de congé payé et jusqu’à trois mois de congé sans solde.

Michelle Laurie a collaboré avec trois autres unités de la SL 2009 à négocier des congés pour cause de violence conjugale, chez MoveUP (SEPB 388), à l’IATSE 891 et à la société des étudiants de l’Université de Victoria; ils varient de cinq jours à six semaines et incluent un engagement portant sur la formation au travail et des stratégies afin d’assurer la sécurité.

Michelle a présenté le concept à la table de négociation, soulignant que la violence conjugale n'était pas un nouveau problème.

«Selon la société, nous devons aborder le problème et voir comment il touche les employeurs, la capacité des personnes à travailler, leur rendement, la sécurité au travail.

«Nous devons en parler à haute voix. La violence conjugale est réelle et il existe de véritables moyens d’y faire face», a-t-elle ajouté.

La violence, inacceptable dans la société

Les raisons qui motivent Lynne Descary à négocier ces congés sont personnelles. Elle a grandi dans un milieu familial violent. Elle sait ce que vivent les femmes victimes de violence.

«Sans ces congés, les femmes sont prises dans des relations de violence», a constaté Lynne, permanente des Métallos en Ontario (District 6).

Elle reconnaît que par le passé, même si on n’en parlait pas, la société refusait de considérer la violence conjugale comme un problème. Ce n’est plus le cas.

Grâce à Lynne, au moins cinq unités de négociation en Ontario ont réussi à obtenir ce type de congé, certains comprenant des heures flexibles, jusqu’à quatre semaines de congé payé et cinq mois de congé sans solde ni perte d’avantages ou d’ancienneté.

Une clinique d’aide juridique de Sudbury (SL 2020 des Métallos) n’a pas hésité à accepter les clauses contractuelles. D’autres employeurs ont d’abord dit non, mais dans bien des cas, ils ont changé d’idée.

«Les comités nous appuient entièrement», a déclaré Lynne.

Elle a persévéré

La permanente Darlene Jalbert a réussi à négocier 10 jours de congé payé dans les conventions de Your Credit Union à Ottawa et Cornwall (SL 8327 et 13292 des Métallos).

Au départ, l’employeur les a refusés, mais il s’est rallié par la suite, décidant d’en faire bénéficier l’équipe de direction également.

Avec l’équipe de négociation, Darlene a aussi obtenu ces congés pour 35 membres à une autre unité de la SL 8327, Lanark County Interval House, un refuge pour femmes.

Les négociateurs ont fait appel à la compassion de l’employeur, soulignant que les clauses ne conféraient aucun traitement spécial. Quand les employeurs sympathisent avec l'idée, les équipes insistent.

«Mettez-les par écrit», a déclaré Darlene.

Les médias transmettent le message

Deux sections locales des Métallos en C.-B. et en Alberta ont négocié des congés pour cause de violence conjugale à quelques jours d’intervalle. Ray White, président de la SL 1-207 à Edmonton, a réussi l’exploit au Rivercrest Care Centre, un établissement de soins de longue durée à Fort Saskatchewan (Alta).

La médiatisation locale de cette réalisation en Alberta a facilité la présentation des clauses à d’autres unités de la section locale, même dans les milieux à prédominance masculine.

Depuis la réussite à Rivercrest, la section locale a négocié ce genre de clauses pour le personnel des infirmières et infirmiers unis de l’Alberta, ainsi qu’une lettre d’entente avec Shaw Pipe à Camrose (Alta).

L’agente d’affaires Ivana Niblett a montré la présentation anti-violence des Métallos pendant les négociations avec Rivercrest, contribuant ainsi à faire changer d’avis un employeur qui considérait les programmes d’aide aux employés suffisants, même s’ils ne prévoyaient aucun congé. En établissant le lien entre la violence et la santé et la sécurité au travail, elle a changé le discours.

«On n’aura peut-être jamais recours aux clauses, mais si elles permettent de sauver une vie, ça en vaut la peine», a précisé Ivana.

Jusqu’à présent, Ivana et Ray ont négocié des clauses sous une forme ou une autre à trois unités. Vingt conventions seront négociées en 2017 et, selon Ivana, des clauses de congé pour cause de violence conjugale seront présentées à toutes les tables.

Les Métallos en Alberta sont fiers d’inclure les clauses dans les propositions de négociation.

Il en est de même en C.-B., où Jeff Bromley de la SL 1-405 en a obtenues pour les membres d’une unité à Trickle Creek Resort à Kimberley.

Veronica Tanner est coprésidente du Comité de la condition féminine de la section locale, et elle siège au comité du district 3 et au Comité national. Elle a présenté l’initiative anti-violence et les modèles de clauses à sa section locale. Depuis, elles font partie des propositions de négociation, même dans les milieux de travail à prédominance masculine.

Selon Veronica et Ivana, le fait que des membres masculins du syndicat appuient l’initiative et y prennent part contribue à faire passer le message.

«Dès que nous en parlons, les gens se montrent réceptifs», a indiqué Ivana.

Il faut les rendre légalement obligatoires

Un mouvement visant à rendre légalement obligatoires les clauses de congé pour cause de violence conjugale progresse. En 2016, le Manitoba a ajouté de telles dispositions aux lois sur les normes d’emploi. L’Ontario et la Saskatchewan envisagent des projets d’initiative parlementaire. Le gouvernement fédéral étudie la question et l’Alberta l’examinera pendant sa révision du droit du travail.

Au Québec, en novembre 2016, la FTQ a adopté à l’unanimité une résolution réclamant l’ajout de clauses du genre dans les lois et les conventions collectives.

Une partie du travail des Métallos en matière d’égalité

Les préjugés sociaux forcent les victimes de violence conjugale à garder leur situation secrète. Un grand nombre d’agresseurs le font aussi. En parlant du problème et en le soulevant pendant les négociations, les syndicats aident à mettre fin à l’isolement en reconnaissant la violence comme un problème social et en appuyant les victimes.

La négociation de congés pour cause de violence conjugale fait partie du travail des Métallos en matière d’égalité et de condition féminine. La violence conjugale est aussi un problème de santé et de sécurité au travail. Même si à elles seules, ces clauses ne mettront pas fin à la violence contre les femmes et les filles, la négociation de congés aidera à briser le silence tout en faisant progresser et en privilégiant les enjeux féminins dans notre syndicat.

Demandez plus de renseignements à la permanente/au permanent ou à la présidente/au président de la section locale ou de l’unité des Métallos ou metallos.ca/antiviolence.

Cet article a été publié dans le numéro de juin 2016 de la revue Métallos@l'œuvre.

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