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L’enthousiasme des libéraux à l’égard d’un accord commercial avec la Chine devrait soulever des préoccupations


Par Ken Neumann

Tandis que le gouvernement fédéral libéral contemple avec enthousiasme l’idée d’amorcer des négociations de libre-échange avec la Chine, les Canadiennes et Canadiens ont de bonnes raisons de ressentir un sentiment profond d’appréhension face aux répercussions potentiellement désastreuses d’un tel accord sur les emplois, nos industries clés, la sécurité nationale, les droits de la personne et l’environnement.

Depuis l’élection des libéraux en 2015, le pays tout entier en est venu à s’inquiéter du comportement de son gouvernement vis-à-vis de l’investissement, du commerce et d’autres enjeux impliquant la Chine.

La façon plutôt cavalière dont le gouvernement rejette ces préoccupations et le fait de ne pas expliquer ses décisions déconcertantes sur des questions importantes pour le Canada et la Chine ont incité un journal national à carrément poser la question suivante : «Pourquoi les libéraux se plient-ils à la volonté de Pékin?».

De nombreux développements ont suscité cette question déconcertante, notamment les activités de financement payantes des libéraux auprès de riches nationaux et hauts fonctionnaires chinois. Lors d’une activité de financement exclusive, le premier ministre Justin Trudeau a côtoyé des milliardaires chinois, dont un magnat cherchant à obtenir l’approbation du gouvernement canadien pour ouvrir une banque au Canada, ce qu’il a fait quelques semaines plus tard.

Les experts en matière de sécurité nationale ont exprimé leur inquiétude face à l’approbation par les libéraux d’acquisitions de compagnies de technologies canadiennes par des entreprises chinoises dont l’État chinois est copropriétaire. Selon eux, le gouvernement a revu ces accords en secret et n’a absolument pas tenu compte des risques potentiels pour la sécurité nationale.

En février, les libéraux ont rejeté les préoccupations des parties de l’opposition et de groupes de défense des aînés et du système public de soins de santé en approuvant l’acquisition, moyennant un milliard de dollars, d’une chaîne de résidences pour personnes âgées par un conglomérat chinois très discret dont le président a récemment été arrêté.

Il y a peu de temps, les médias ont rapporté qu’un cercle de réflexion d’Ottawa ayant des liens avec le monde canadien des affaires et le gouvernement fédéral avait lancé une campagne visant à persuader les Canadiennes et Canadiens de soutenir le libre-échange avec la Chine, amenant ainsi un autre journal national à conclure que «le gouvernement libéral est devenu une machine de propagande prochinoise».

À la lumière de ces faits, un sondage national d’opinion publique a révélé que la majorité des Canadiens craignent les conséquences du libre-échange avec la Chine sur l’économie, la sécurité nationale, les droits de la personne et l’environnement.

Mon syndicat, le Syndicat des Métallos, partage ces craintes.

Dans notre mémoire présenté pendant les consultations publiques du gouvernement fédéral sur un possible accord de libre-échange entre le Canada et la Chine, nous  avons insisté fortement sur le fait qu’il n’était pas dans l’intérêt du Canada de chercher à conclure un tel accord, lequel, selon nous, décimerait d’importantes industries canadiennes et mettrait en danger des centaines de milliers d’emplois de la classe moyenne.

Nous savons que le modèle de développement de la Chine, mis en place par l’État, est motivé tant par ses ambitions politiques que par les profits. De plus, la Chine témoigne constamment d’un manque de respect à l’égard des règles et des normes relatives au commerce international.

Le prétendu libre-échange avec la Chine exigerait inévitablement que le Canada compromette les intérêts et les valeurs de notre pays. C’est la population ouvrière canadienne qui en souffrirait le plus.

Les Métallos ont déjà subi les contrecoups des pratiques commerciales déloyales de la Chine. La surproduction d’acier de la Chine, qui est le résultat même de l’orientation et des politiques de l’État, a fait chuter les prix à l’échelle mondiale. Cependant, la Chine continue à développer sa capacité de production d’acier et d’autres produits et à les écouler illégalement sur divers marchés, dont le Canada.

La capacité de production d’acier de la Chine s’élève actuellement à plus de 400 millions de tonnes, soit près de 40 fois celle de l’industrie sidérurgique canadienne. La Chine offre des incitatifs à ses producteurs pour qu’ils écoulent cet acier sur les marchés nord-américains, évinçant ainsi l’acier canadien du marché crucial de l’ALENA. L’année dernière, cela a entraîné une perte d’environ un milliard de dollars en exportations canadiennes vers les États-Unis comparativement à 2008.

Ouvrir davantage les marchés canadiens aux exportateurs d’acier dirigés par l’État chinois détruira ce qu'il reste de notre secteur sidérurgique et de nos autres industries intérieures clés, notamment celles de l’aluminium, du papier, du verre et des pièces automobiles.

Le gouvernement de la Chine a aussi nettement fait comprendre qu’il s’oppose à l’inclusion de protections visant les droits de la personne, les droits des travailleurs et les normes environnementales dans un accord commercial avec le Canada.

De plus, la Chine veut que ses entreprises puissent faire venir leur propre main-d’œuvre au Canada pour qu’elle travaille dans les investissements chinois, au détriment des emplois canadiens. Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a déjà modifié deux fois le Programme des travailleurs étrangers temporaires marqué par l’exploitation en vue de permettre aux entreprises de faire entrer plus de travailleurs temporaires au Canada.

Nous croyons qu’avant de procéder à de nouvelles négociations commerciales, le gouvernement libéral doit explicitement établir les éléments, les principes et les dispositions spécifiques de ce qu’il appelle son «programme de commerce progressiste». Ceux-ci doivent comporter des mesures judicieuses et obligatoires de protection des droits de la personne, des droits des travailleurs et des normes environnementales.

Notre gouvernement doit bien faire comprendre à la population canadienne et à ses partenaires commerciaux quelle est sa position sur ces enjeux critiques et qui il entend avantager.

Cette chronique a été publiée dans le Huffington Post (en anglais).

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