·  Observations de Ken Neumann

Les néo-libéraux ne sont pas la réponse au populisme grandissant - Ken Neumann

Observations du directeur national du Syndicat des Métallos Ken Neumann pendant le Sommet sur le progrès de l’Institut Broadbent, le 28 mars 2019.

Merci.

Mon nom est Ken Neumann. Je suis le directeur national du Syndicat des Métallos.

Les résultats du sondage d’Abacus montrent concrètement que l’écart d’abordabilité au Canada s’accroît.

Le sondage révèle clairement que les Canadiennes et les Canadiens s’inquiètent de plus en plus de leur bien-être économique. Personne ici ne devrait en être surpris.

Le logement est de moins en moins abordable. Le transport et l’assurance automobile, les médicaments sur ordonnance, les frais de scolarité des collèges et des universités : tous continuent d’augmenter.

Les gens comprennent qu’ils perdent du terrain financièrement.

Ils reconnaissent aussi que leurs enfants connaîtront encore plus de difficulté.

Ces données illustrent de manière détaillée ce que nous savons tous : les Canadiennes et les Canadiens sont très préoccupés par leur situation financière.

En fait, 74 % d'entre eux nous disent que leur revenu ne leur permet même pas de couvrir les dépenses quotidiennes.

L’angoisse est réelle.

Le manque d’abordabilité est réel.

Le déclin du niveau de vie est réel.

L’inquiétude profonde que ressentent les gens face à l’avenir de leurs enfants est réelle.

Les conséquences sont réelles, elles sont profondes et elles sont déchirantes.

Ce que nous avons documenté est subjectif, les répercussions sur les gens de la réalité économique changeante au pays. L’expérience réelle que vivent les Canadiennes et Canadiens chaque jour.

Cependant, nous ne devons pas définir cette situation de « crise d’abordabilité ».

Ce faisant, nous nous penchons uniquement sur le symptôme – l’étau économique qui se referme sur les gens – plutôt que sur les conditions qui le crée.

Mettre l’accent sur le symptôme ne permet pas de trouver la cause et de déterminer pourquoi les travailleurs et leurs familles peinent à s’en sortir financièrement, même lorsque l’économie prospère véritablement.

En polarisant notre attention sur une « crise d’abordabilité », nous prétendons que les solutions résident dans la situation que vit la famille sous pression. Cette façon de procéder éclipse souvent toute recherche d’une véritable cause.

Cette approche nous amènerait à nous concentrer sur la situation particulière des familles individuelles, plutôt qu’à comprendre qu’elle découle de forces économiques qui ne sont pas naturelles, mais plutôt d’origine humaine, et qui se fondent sur des décisions gouvernementales.

Le vrai problème, bien entendu, est l’inégalité grandissante.

Si nous voulons aller au-delà de la « psychologie du déclin économique », nous NE devrions PAS parler d’abordabilité.

Nous devrions plutôt parler d’inégalité et de stagnation des salaires.

Nous savons tous que l’inégalité au Canada s’accroît depuis des décennies.

Le PDG moyen au Canada gagne présentement 197 fois le salaire du travailleur moyen.

Pourtant, les salaires réels au Canada stagnent complètement depuis des années.

L’inégalité grandissante est structurelle et grave : l’avoir des 87 familles canadiennes les plus riches étant supérieur à l’avoir combiné des 12 millions de Canadiennes et Canadiens recevant les salaires les plus faibles!

Cependant, le centile le plus riche ne constitue pas le seul problème. L’inégalité est un problème beaucoup plus généralisé.

Bien que les salaires réels aient stagné, le rendement du capital a rapidement augmenté.

Par conséquent, les prix de l’immobilier, alimentés par une plus grande richesse et un nombre accru d’opérations spéculatives, continuent de monter en flèche dans les grandes villes canadiennes, alors qu’un nombre croissant de travailleuses et travailleurs ne peuvent tout simplement pas se permettre d’acheter une première maison, ou de payer le loyer.

Au Canada, les salaires des travailleurs ne procurent plus la sécurité qu’ils offraient autrefois.

Par le passé, les salaires étaient étroitement liés à la productivité. Ce qui est logique. Les travailleurs recevaient une part comparable à la valeur accrue qu’ils produisaient.

Cependant, ce n’est plus vrai aujourd’hui.

À travers la plupart des temps modernes, la productivité canadienne a augmenté à un rythme relativement stable, et ce, jusqu’à présent.

Toutefois, ces dernières décennies, les salaires réels ont stagné et n’ont aucunement suivi les augmentations de productivité.

Le résultat structurel inévitable est ce que nous constatons à l’heure actuelle : des problèmes d’abordabilité sur le plan individuel.

Le véritable problème avec l’approche de l’écart « d’abordabilité » est qu’on ne propose aucune solution – aucun moyen de progresser.

On n’offre aucune véritable solution. On n’offre aucun moyen constructif de s’en sortir aux personnes qui vivent avec la réalité de ce problème.

Comme en témoignent les données du sondage d’Abacus, de nombreux Canadiens croient que la solution à leur problème d’abordabilité réside dans la réduction des impôts.

Réduire les impôts N’EST PAS une solution. Au contraire, cette mesure intensifierait les problèmes d’abordabilité dans l’ensemble de la société.

Même si les données ne sont pas faciles à comprendre, nous constatons que les membres de la population canadienne réalisent que le problème n’est pas une simple question « d’abordabilité », mais plutôt d’inégalité profonde.

Une vaste majorité des Canadiens, soit 80 %, croit « que les gens au haut de l’échelle gagnent toujours davantage, et que tous les autres arrivent à peine à joindre les deux bouts ».

De plus, selon 71 %, l’inégalité – l’écart entre eux et le premier centile – « a empiré » ou « a beaucoup empiré ».

Les résultats attirent l’attention sur un concept « d’équité », non pas seulement « d’abordabilité ».

Ils font ressortir le besoin de solutions autres qu’une résolution temporaire pour les familles « prises à la gorge ».

Tout en reconnaissant l’élément structurel, il faut apporter des changements radicaux à notre système fiscal afin de renverser l’inégalité grandissante dans notre société, et considérer de nouvelles idées propres à notre situation courante.

Nous devons sérieusement envisager d’augmenter le taux marginal d’imposition le plus élevé afin de mettre fin à la baisse de ce taux marginal qui a commencé sous la direction de Brian Mulroney.

Nous devons prendre en considération les impôts successoraux au pays. Nous devons songer à imposer la richesse au Canada et à prendre des mesures concrètes contre l’évitement fiscal.

Il nous faut développer des idées telle une taxe sur les transactions financières.

C’est là où nous entrons en jeu à titre de « société civile ».

Bien que les responsables politiques et les partis puissent se faire les champions de véritables changements vers des impôts plus égaux, le public en général doit accepter davantage le travail que des changements radicaux exigent, comme des taux marginaux considérables, une taxe sur les transactions financières ou une taxe sur la fortune. Ce travail nécessite un engagement de la part de la société civile et des progressistes, notamment d’en discuter, de se renseigner et de choisir les partis qui s’engagent à transformer l’inégalité.

Ce dont nous n’avons pas besoin est ce que nous avons déjà : un gouvernement fédéral néo-libéral qui dit « ressentir la souffrance » de la crise d’abordabilité.

Un gouvernement qui aime le slogan « la classe moyenne – et celles et ceux qui veulent en faire partie », tout en renforçant les piliers de l’inégalité structurelle.

Un gouvernement qui prend des demi-mesures concernant les options d’achat d’actions et négocie des accords commerciaux régressifs l’un après l’autre.

Ce qui est encore plus exaspérant est la pierre de touche de la validation progressiste du gouvernement libéral : la prétendue « réduction d’impôt pour la classe moyenne ».

Eh bien, cette réduction d’impôt pour la classe moyenne vous garantit 680 $ par année si vous gagnez 200 000 $.

Cependant, si votre revenu est dans la tranche médiane des 50 000 $, vous recevrez la piètre somme de 71 $.

Et si vous gagnez seulement 45 000 $?

Eh bien, vous n’obtiendrez rien de la prétendue « réduction d’impôt pour la classe moyenne ».

À l’approche de la fin du règne du gouvernement majoritaire de Trudeau, nous réalisons que l’inégalité est au même niveau qu’il y a quatre ans.

Aussi, nous attendons toujours la mise en place d’un programme national de garde d’enfants.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je suis d’avis que les libéraux n’ont pas l’intention d’établir un régime d’assurance-médicaments universel de sitôt.

Le plus important est qu'il est maintenant très évident qu’au moment de prendre des décisions politiques, les libéraux prêtent attention avant tout aux voix les plus influentes du monde des affaires au pays.

C’est pourquoi les travailleurs et leurs familles deviennent sceptiques. C’est ce qui se produit quand les gouvernements néo-libéraux prétendent souscrire à des valeurs socialement progressistes.

La population se fait dire par le gouvernement fédéral qu’il veut « soutenir la classe moyenne ».

Puis, elle voit un premier ministre redevable devant le monde des affaires.

Les expériences réelles que vivent les travailleurs leur prouvent que leur vie ne s’améliore PAS.

Quand on voit ce qui se passe chez nos voisins du Sud ces jours-ci, on se rend compte à quel point la situation peut devenir dangereuse.

Des travailleurs désabusés, cyniques et mécontents sont vulnérables face aux populistes de la droite qui leur disent ce qu’ils veulent entendre … et qui peuvent canaliser leur colère et leur frustration.

Si nous voulons éviter une telle situation au Canada, nous devons sérieusement penser à réformer notre système fiscal.

Nous devons nous attaquer à la stagnation des salaires.

Nous devons renforcer les services publics universels dont les Canadiens ont besoin pour joindre les deux bouts.

Comme l’a écrit Ed Broadbent il y a à peine quelques jours, l’antidote à un tel populisme n’est pas la complaisance du centre néo-libéral.

La solution, nous rappelle Ed Broadbent, réside dans « une gauche passionnément démocratique et pro-pluraliste qui défend les intérêts de la population ordinaire et agit de façon à la protéger contre les préjugés, l’inégalité et la domination des très riches ».

Merci.

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