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Fin du lockout chez ABI

TROIS-RIVIÈRES – Réunis en assemblée générale aujourd’hui à Trois‑Rivières, les travailleurs et travailleuses de l’Aluminerie de Bécancour ont accepté la dernière proposition de l’employeur dans une proportion de 79,8 %, ce qui marque la fin d’un des plus longs conflits de travail dans le secteur privé au Québec.

«Je suis fier de chacun des travailleurs et travailleuses, de la lutte qu’ils ont menée pour préserver des emplois, des principes de base comme l’ancienneté et leurs conditions de travail, avec l’appui de plus de 500 organisations syndicales à travers le Québec. La résistance des membres, leur résilience, la solidarité des syndiqués à travers le Québec, ont permis de regagner du terrain par rapport à la précédente offre de mars dernier et à l’hypothèse de règlement du ministre Boulet, qui était à certains égards pire que l’offre patronale de mars. L’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre est respectée dans cette dernière convention, l’employeur ne pourra plus offrir des postes à des personnes extérieures à l’usine sans les offrir au préalable à des syndiqués», explique le président de la section locale 9700, Clément Masse. 

Le protocole de retour au travail a également évolué, permettant un retour au travail de l’ensemble des syndiqués sur un horizon de 8 mois, alors que dans la version précédente, il aurait pu s’étirer sur plusieurs années, au cours desquelles les droits syndicaux auraient été suspendus. Les syndiqués ont également vu lever l’épée de Damoclès du grief patronal de 19 millions.

Ceci étant dit, l’exécutif syndical déplore l’entêtement de la compagnie, tout au long du conflit à rejeter du revers de la main toute négociation constructive. «C’est certain que nous aurions préféré, et de loin, une entente négociée. Cela aurait été mieux pour le climat de travail au retour. Une chose est certaine, si Alcoa cherchait à casser les syndiqués et leur syndicat, il s’est trompé. Droits, dignes et solidaires, c’est ainsi que les travailleurs retourneront à l’usine, l’employeur doit en prendre acte», a ajouté Clément Masse.

Plusieurs facteurs ont eu pour effet de faire prolonger ce lockout amorcé le 11 janvier 2018. Les faibles prix de l’aluminium ont rendu moins alléchant le redémarrage de l’usine. Mais surtout, le contrat d’hydroélectricité, qui considère un lockout comme un cas de force majeure, a permis à ABI de se soustraire à ses obligations et d’éviter de payer pour l’ensemble du bloc d’électricité qui lui est réservé. 

«Si Alcoa et Rio Tinto avaient dû payer pour tout le bloc d’électricité, il n’y aurait peut-être même pas eu de lockout, alors que peu séparait les parties en janvier 2018. Une chose est certaine, ce conflit n’aurait certainement pas duré aussi longtemps. Le rôle joué par le premier ministre est aussi désolant. Alors qu’il a promis son appui en campagne électorale, ses déclarations des derniers mois ont conforté la compagnie dans son refus de négocier et ont aussi contribué à rallonger ce conflit. Il a sur la conscience des pertes de bons emplois dans la région. Il faudra revoir les fameux contrats d’électricité que le premier ministre qualifiait de "stuff de junior" pour s’assurer de meilleures retombées économiques en échange des tarifs avantageux aux alumineries. Les Québécois ne doivent plus jamais avoir à payer la note pour les lockouts de ces multinationales», souligne le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau.

L’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux, souligne quant à lui l’extraordinaire solidarité dont ont fait preuve des syndiqués de partout au Québec, toutes allégeances confondues. «C’est la tête haute que les syndiqués d’ABI peuvent tourner la page sur ce long et difficile conflit. On ne peut gagner toute les batailles, mais on perd certainement celles qu’on ne mène pas. Dans ce cas-ci, ils se sont bien battus, longtemps et solidement. Le résultat n’est pas ce qu’ils auraient souhaité, mais il est mieux que ce que l’employeur a plutôt tenté de leur rentrer dans la gorge. Les employeurs vont y penser à deux fois avant de décréter un lockout et de se priver de revenus», fait-il valoir.

Le Syndicat des Métallos, affilié à la FTQ, est le plus important syndicat du secteur privé au Québec.  Il regroupe plus de 60 000 travailleurs et travailleuses de tous les secteurs économiques au Québec.

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